Pour rompre avec le temps si long où les femmes, vouées au ménage et à la procréation, furent interdites d’instruction (ce qui hélas est toujours insupportablement vrai dans certains pays du monde !), où les plus combattives se firent voler leurs découvertes par leurs maris ou leurs maîtres d’université, où leurs écrits furent étouffés, leur art et leur imagination bridés, depuis plus de vingt ans la FOL présente les créations d’artistes féminines, en préalable à la journée internationale pour les droits des femmes. Dans ce nouveau Féminin pluriel, j’ai voulu réunir quatre artistes de talent qui expriment leur art de façon si originale et experte.
Véronique Foiret, sculptures en pulpe et dentelle de carton
On est subjugué par la grâce, l’élégance, le raffinement de ses bustes qui surprennent par leur épure aérienne et leur matière! « J’aime le regard interrogateur du visiteur se demandant parfois devant quelle matière il se trouve, hésitant entre bois, fer, cuir, liège… J’aime l’étonner, le surprendre, l’interpeller. »
Ses nombreuses années vécues en terre africaine, où l’art de la récupération est maîtrisé depuis fort longtemps (bien avant la prise de conscience occidentale sur le recyclage), l’ont sensibilisée à la réutilisation du carton d’emballage. Elle aime « transfigurer, sublimer cette matière en jouant sur sa souplesse, sa transparence et son apparente fragilité, donner vie au carton en lui conférant une nouvelle dimension artistique, faisant oublier ce à quoi il était destiné. » Ainsi, la pulpe et la dentelle de carton prennent des formes de colliers tribaux revisités ou de bustes légers et translucides.

Monique Hutter, peinture sur cailloux
Ses personnages, aux grands yeux interrogateurs qui parfois se chevauchent ou s’égarent, s’échappent dans un délire décoratif exubérant et coloré. Son art naïf nous embarque dans un délire d’enfance, à la suite du petit poucet, pour y sublimer les cailloux semés : « les cailloux de moh ».
« J’ai commencé à peindre de petits cailloux puis au fil du temps, mon imaginaire s’est développé pour trouver, au cours de mes ballades, des supports minéraux plus importants, de jouer avec leurs formes, de les mettre en relief sous forme de tableaux, en y prolongeant les motifs. Pas de modèle ni de préparation, je laisse mon inspiration se développer au gré des formes et motifs.»

Nathalie Jacques, art textile
Cette glaneuse de trésors oubliés, de textiles délaissés, est une chiffonnière poète qui brode des histoires, des talismans, ou élabore sur des papiers végétaux rapportés du Népal, des assemblages intuitifs, guidés par les émotions de ses voyages.
« Je suis une voyageuse, une rêveuse qui se veut « résistante poétique » face aux défis de notre modernité. Chaque « talisman » nait d’une rencontre avec un tissu oublié, une dentelle abandonnée, un fil désœuvré. Ils ne sont ni religieux, ni dogmatiques. Ils sont le fruit d’un processus lent, à contre-courant de la vitesse actuelle. Ils invitent à contempler, à toucher. Ils sont un lien entre les mains qui ont autrefois tissé ces étoffes, les miennes qui les ont transformées et les vôtres qui les recevront. Au-delà de la dimension esthétique, mes talismans contemporains proposent une réflexion sur notre rapport au temps, aux objets, à la spiritualité et aux autres : une invitation à ré-enchanter notre quotidien… »

Claudine Le Page-Moula, peinture abstraite
Sa peinture dynamique et colorée séduit par la vibrance de sa palette. Formée à l’école des Beaux Arts du Mans puis aux Beaux-arts et à l’université de Nîmes, elle a pu explorer les différentes techniques de peinture. Mais depuis 2006, elle a trouvé son style dans l’abstraction qui a libéré son geste, ses choix de couleurs, de matières pour mieux exprimer sa sensibilité.
« Mon travail est une forme de recherche qui sous-entend d’accepter le risque. Le démarrage est une «page blanche » sans idée préconçue. L’inspiration évolue à partir de ressentis en explorant des formes, des couleurs avec réaction parfois inattendue des divers matériaux utilisés, utilisant les accidents pour rebondir sur autre chose. »

Annie Sorrel